DE :jcsp@liberte.fr « Jean-Christophe Saintpaul »
OBJET : T’es tu fais enlever par des extraterrestres ???
DATE : 16 septembre 2010 19:31 :01 HNEC
À : soniamariani@liberte.fr
Ça fait des mois que tu ne réponds plus à mes appels et à mes coups de fil. Si tu ne réponds pas cette fois-ci, j’appelle les pompiers de Paris. Je te donne 3 jours.
DE : soniamariani@liberte.fr
OBJET : RE :T’es tu fais enlever par des extraterrestres ?
DATE : 17 septembre 2010 07:39 :09 HNEC
À : jcsp@liberte.fr « Jean-Christophe Saintpaul »
Mon Saint, JC C’est l’hôpital qui se fout de la charité… ça fait deux mille ans que tu fais croire à de braves crétins euh, chrétiens, que tu vas revenir sur terre… Alors que moi, ça fait que 5 mois que je fais silence… Dès que j’ai le temps, je te raconte, donnes mois 2 jours…
DE :jcsp@liberte.fr « Jean-Christophe Saintpaul »
OBJET : Si ma grand-mère…
DATE : 17 septembre 2010 19:01 :05 HNEC
À : soniamariani@liberte.fr
Dépêches toi de me raconter, sinon je vais transférer ton mail à ma grand-mère. Alors, elle me déshéritera et te poursuivra pour blasphème : depuis quand les PD sont des saints ?
DE : soniamariani@liberte.fr
OBJET : RE :Si ma grand-mère…
DATE : 19 septembre 2010 23:49 :09 HNEC
À : jcsp@liberte.fr « Jean-Christophe Saintpaul »
Depuis que certains prêtres sont pédophiles… Dis à ta grand-mère de ma part que c’est votre nom de famille qui est saint : pas elle ! Car si elle enlève sa fourrure en vraie peau de bête, elle pourra enfin voir la peau de vache qui se camouffle dessous et que de Saintpaul, elle passera à sainte pouffe ! Et surtout mon cher saint pédé préféré, elle pourra voir que tu es un vrai JC Saint… Que tu t’inquiètes pour ton prochain, toi !
Bon, je ne vais plus attendre, je te raconte, tant pis si je dois y passer la nuit…
Si tu savais ce qui m’est arrivé, j’ai frôlé le septième ciel !
Il y a cinq mois, j’étais invitée à l’anniversaire de Sabine (tu sais celle qui est prof de psycho !). Ça faisait des mois qu’elle me parlait d’un de ses collègues Thierry.
Elle disait qu’il fallait absolument que je le rencontre, que je lui raconte ma vie. Il écrivait un livre sur les Corses, et selon elle, j’étais l’antithèse de tout ce qu’il racontait et affirmait pour l’instant. Inutile de te dire qu’elle avait bien excité ma curiosité journalistique et aussi mon côté provoc : j’étais curieuse de le voir ce fameux Thierry!
Une fois sur place, j’étais servie, il prenait tout l’espace, il passait son temps à créer des débats dont il savait qu’il maîtrisait le sujet! Sa spécialité était la cause des minorités. C’est vrai qu’il en sait plus que toi et moi sur la Corse, il est même abonné à un journal « vincciguerra » dont je ne connaissais pas l’existence. As-tu déjà entendu parler de ce journal toi qui vit encore là-bas ? Basques, Arméniens, Corses… Il sait plaider toutes les causes, même si elles sont parfois contradictoires.
Mais laisse-moi te faire vivre notre rencontre comme si tu y étais.
J’étais en train de me préparer un cocktail quand ce petit gros se précipita vers moi, me tendit sa main plein de fierté et me déballa :
Bonsoir,Thierry MARMONIER, maître de conférence et chercheur en sociologie à Paris X. Actuellement j’écris un livre sur les Corses et je voulais vous parler de certaines choses, vous devez être Sonia, n’est-ce pas ? C’est Sabine qui m’a…
Là, je prends mon air le plus sérieux et je le coupe !
Sonia, 38 ans un mettre soixante-dix, soixante-cinq kilos, 95/60/98, Ah ! et je chausse du 39 ! Pour le reste, vous devez déjà tout savoir !
D’accord et à part ça, vous faites quoi dans la vie ?
Ah, la question qui tue, à quand l’originalité ?
Vous avez bien une vie où déplacer vos 38 ans et vos soixante-cinq kilos avec votre 39 de pointure?
Oui, je vis, c’est-à-dire, je respire, je mange, je dors, je pense donc je suis…
Pour l’instant, je vous rassure, vous n’avez rien d’exceptionnel.
Mais c’est vous qui voulez que je sois exceptionnel pas moi! Comme vous voudriez vous sentir exceptionnel, vous aimeriez bien fréquenter des gens exceptionnels. Navrée de vous décevoir.
D’habitude quand je rencontre des Corses pour les faire rire, je leur demande s’ils n’ont pas une bombe dans leur sac, mais vous, je n’ai pas besoin : c’est dans la bouche que vous l’avez, pour ne pas dire dans la gueule car on ne se connaît pas encore. Alors qui êtes vous ? précisément ?
Je suis-moi, un point c’est tout, qu’est ce que vous voulez que je vous dise ? Ce n’est pas parce que je vais subir un interrogatoire pour vous rassurer, et que vous allez me mettre dans une case, que ça va changer votre vie et la mienne! Projetez ce que vous voulez sur moi, de toute façon, quoi que je vous dise de moi, vous ne prendrez que ce que vous avez envie d’entendre.
OK, vous voulez la jouer comme ça ? Et bien, j’ai 45 ans, je chausse du 43 et je meurs d’envie de vous le mettre au derrière mon 43, je suis gros, j’ai une calvitie :, mais, ça vous le voyez alors je vous parlais juste de ce qui ne se voyait pas à l’extérieur.
C’est pour ça que vous jouez la carte cérébrale, vous ne vous aimez pas physiquement ?
Je suis marié et j’ai trois enfants.
C’est vrai que socialement c’est important. Mais vous ne portez pas d’alliance ?
Ce n’est pas une obligation !
C’est vrai mais comme vous avez toute la panoplie du professeur de fac, lunette des années 70, fringues ringardes, cartable usé, je pensais que vous étiez attaché aux signes extérieurs de distinction et vu que l’alliance en est un…
Sonia, vous êtes toujours aussi chiante, ou vous m’appréciez particulièrement ?
Je le suis avec ceux qui viennent me raconter leur vie alors qu’ils ne me demandent pas si j’ai envie de l’entendre.
Ah ! vous l’avez vécu comme cela ? Je ne voulais surtout pas vous importuner. On m’a parlé de vous comme étant une femme intelligente, fine d’esprit avec qui je pourrais avoir un échange intéressant sur mon prochain livre. Finalement je crois que Sabine s’est trompée, on n’a rien à se dire.
Et bien, si tu ne peux avoir d’échanges intéressants qu’en parlant de ton CV et de tes connaissances, c’est sûr que tu es tombé sur un os. Je m’en fous de ce que tu fais! Je te tutoie car je crois que désormais c’est approprié. Maintenant je suis plus à l’écoute, si tu veux, on peut faire un autre essai ?
De quoi aurais-tu voulu que je te parles ? Tu sais, c’est normal que les gens se disent qui ils sont. C’est un besoin social pour entrer en relation, on a besoin inconsciemment de cerner l’autre pour se lâcher en quelque sorte…
Oui, mettre les gens dans la bonne case selon nos critères. Donc si je te dis que je suis dame pipi, tu vas me regarder avec compassion si tu es humain, avec dégoût si tu es élitiste et si je te dis que je suis cosmonaute, tu vas prendre un air admiratif ?
Bon décidément, j’ai raté mon entrée! On efface tout et on recommence.
Et là, mon JC, tu ne devineras jamais ce qu’il a fait !!!
Il m’a pris la tête entre les mains, m’a maintenu fortement et m’a embrassé jusqu'à l’étouffement.
Inutile de te dire que j’étais stupéfaite ! C’est marrant parce qu’après ça, je l’ai trouvé bourré de charme monsieur le Professeur !
Du coup, l’accroche était originale, je ne pouvais plus le contester, je l’ai cherché, je l’ai trouvé… J’étais troublée, je ne trouvais plus mes mots. Thierry m’avait désamorcé !
Lorsque j’ai repris mes esprits, il n’était plus là et sa carte de visite flottait dans mon verre.
Je suis vite rentrée me coucher pour savourer encore mon exaltante soirée et ce long baiser. Le lendemain, ma vie reprit son court, j’ai rangé sa carte et oublié ce Thierry qui m’avait quand même laissé une mauvaise première impression.
Je trouvais qu’il n’en pouvait plus de se gargariser de lui-même: avant qu’il ne m’aborde, pendant plus d’une heure, je l’avais écouté et regardé parler avec d’autres et je le trouvais à claquer !
Il finissait les phrases des autres, comme s’il était le détenteur de la vérité absolue. Il manquait visiblement de confiance en lui. à aucun moment, malgré tout ce que je lui ai fait subir, il n’a songé à renoncer pour ne pas perdre. Il est parti en ayant le dernier mot!
Une semaine plus tard, j’ai reçu un coup fil vers 19h30 : « Salut, c’est Thierry Marmonier. Sabine m’a dit que tu étais journaliste, elle m’a fait écouter tes chroniques, j’aimerai bien te parler de « l’affaire du foulard », si tu veux évidemment. Je rencontre le problème dans mes classes et je souhaite avoir ton avis. Acceptes-tu de déjeuner avec moi demain midi si tu es libre ?
-Oui, bien entendu.
-12h30 crêperie Saint Michel, Quartier latin,
- Parfait pour moi. Et j’ai raccroché !
Je n’y croyais pas, je n’ai même pas fait semblant d’être prise, il allait croire que je n’attendais que ça…
Peu importe…
J’ai passé la soirée à réfléchir à ce que j’allais mettre (pantalon, non jupe, plutôt robe c’est plus féminin…) ; À ce que j’allais dire (attention à ne pas se laisser prendre par la stigmatisation ambiante, non, ne nous laissons pas aveugler par des comportements écrans…).
J’étais très excitée et je n’ai pas réussi à trouver le sommeil ce soir-là.
Le lendemain, bizarrement, je n’étais pas du tout fatiguée, je suis sortie du lit sans peine alors que d’habitude c’est le calvaire de quitter ma couette. Je n’ai pas réussi à me concentrer de toute la matinée ; Au boulot, tout le monde me demandait si j’allais bien…
En boucle, j’ai imaginé ce que je lui dirai en arrivant :
« Bonjour, on se tutoie, n’est-ce pas ? Non, ça c’est nul… À propos de la dernière fois, je voulais te dire que j’étais un peu énervé en arrivant chez Sabine, alors, je… Non, non depuis quand je me justifie… »
J’avais même réfléchi à ne pas arriver trop en avance, juste 5 mn de retard, ça fait femme active très débordée et en même temps structurée… Non, lorsqu’on est débordé, on n’accepte pas le premier RDV qu’on nous propose…
Mon JC préféré, Toi qui n’est jamais sorti avec une femme, je te fais le cadeau de te faire pénétrer dans notre mode de fonctionnement… Tu pourras toujours dire à ta grand-mère que c’est grâce à moi que tu es pédé, que je t’ai fait passer de l’autre côté du miroir et maintenant tu sais : les hommes et les femmes ne sont pas faits pour se comprendre… t’inquiètes pas avec toutes les horreurs qu’elle dit de ton grand-père, elle ne pourra jamais soutenir le contraire.
Bon, au final, j’étais en retard de vingt minutes mais sans l’avoir voulu…
Il était assis prêt de la porte vitrée, il lisait « le monde » et de temps en temps, il jetait un coup d’œil à travers la vitre. En arrivant vers lui, je souriais bêtement, je n’arrivais pas à canaliser mon énergie, je me voyais de l’extérieur, j’étais ridicule !
Bonjour, désolée du retard, mais juste en partant le téléphone n’a pas arrêté de sonner.
Ce n’est pas grave, mon seuil de tolérance est d’une demi-heure.
On s’est fait la bise et comme beaucoup de Parisiens, il en fait quatre, évidemment, je n’ai pas pu m’empêcher de dire la même connerie que d’habitude : moi, c’est 2 : en Corse on est tellement fainéant que même quand on dit bonjour, on s’économise pour la sieste…).
Je ne sais pas si tu vas faire la sieste mais en tout cas, tu n’as pas oublié ta bombe !
Bien maintenant que nous savons que nous avons tous les deux le sens de la répartie, on peut se parler sereinement ?
Ok, je commence ! Alors comme ça tu es Corse ?
Ça dépend ce qu’on appelle être Corse. Disons que j’y suis née, j’y ai grandit, j’y ai ma famille et mes amis, et surtout j’aime cette île comme on aime ses enfants. Je n’ai pas d’enfants, peut être que quand j’en aurai, je dirais autre chose…
J’adore ton île, c’est un des plus beaux endroits au monde, j’adorerais y vivre.
Oui, c’est vrai que c’est magnifique, plus je voyage et plus je trouve la Corse magique, unique ce n’est pas pour rien qu’on dit qu’elle est l’Ile de Beauté…
Tu sais aussi ce qu’on dit de la Corse ? Que dieu y a concentré un échantillon de toute les beautés et merveilles de la nature du monde, et pour ne pas qu’elle soit surpeuplée, il a créé les Corses.
Et bien, quand je vois ce que vous avez fait à votre côte d’Azur, je me dis que Dieu fait souvent bien les choses.
Non, non, on ne va pas encore déraper! J’ai été au bout de ce que je pouvais pour te repêcher, après le baiser, c’est la gifle pour l’effet de surprise. Connaissant tes origines, je ne vais pas m’y risquer...
Petit à petit, j’ai commencé à me détendre, mais je n’arrivais à être complètement naturel avec lui. Il éveillait chez moi quelque chose d’hystérique…
Finalement, c’est lui qui a parlé pendant plus d’une heure, de ce qui le passionne, son boulot, ses recherches… Une fois qu’il est parti, on ne peut plus l’arrêter et surtout, impossible d’en placer une. En même temps, il est très profond, brillant, j’étais sous le charme.
Au moment de nous quitter, nous étions tristes et déchirés, nous avons parlé de l’effet de notre rencontre, j’ai cherché à justifier mon côté vindicatif, je lui aidit que je serai heureuse de l’avoir comme ami.
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